Pierre naturelle à Perpignan : pierre de Bourgogne, pierre des Charentes ou pierre d’Espagne ?

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Lorsqu’il est question de choisir une pierre naturelle pour un chantier à Perpignan, une idée revient régulièrement : privilégier une pierre française, et notamment une pierre de Bourgogne ou une pierre des Charentes, plutôt qu’une pierre provenant d’Espagne.

L’argument paraît simple : une pierre française serait plus locale, plus écologique et plus responsable.

Mais est-ce réellement aussi simple ?

Prenons un exemple concret : un chantier situé à Perpignan.

Est-il forcément plus écologique de faire venir une pierre de Bourgogne ou une pierre des Charentes simplement parce qu’elles sont françaises, plutôt que de choisir une pierre naturelle extraite en Espagne, de l’autre côté des Pyrénées ?

La question mérite d’être posée.

Pierre française ne veut pas forcément dire pierre locale

La pierre de Bourgogne et la pierre des Charentes sont deux exemples intéressants.

Ce sont des pierres françaises, issues de régions qui possèdent une véritable tradition d’extraction et de transformation de la pierre naturelle.

Mais pour un chantier situé à Perpignan, sont-elles pour autant des pierres « locales » ?

Pas nécessairement.

La Bourgogne et les Charentes se trouvent à plusieurs centaines de kilomètres de Perpignan.

À l’inverse, l’Espagne est directement voisine des Pyrénées-Orientales et certaines carrières espagnoles peuvent être géographiquement beaucoup plus proches du chantier.

On se retrouve donc dans une situation assez paradoxale :

une pierre espagnole peut être plus proche de Perpignan qu’une pierre française.

Alors, laquelle est réellement la plus locale ?

Une frontière n’est pas une limite écologique

C’est là que la notion de « pierre locale » mérite d’être précisée.

Une frontière est une limite administrative.

Elle ne constitue pas une limite environnementale.

Pour un chantier à Perpignan, une pierre provenant d’Espagne ne devient pas plus polluante simplement parce qu’elle franchit la frontière française.

De la même manière, une pierre de Bourgogne ou une pierre des Charentes ne devient pas automatiquement plus écologique parce qu’elle a été extraite en France.

Le camion ne consomme pas de carburant en fonction du pays traversé, mais en fonction de la distance parcourue, de sa charge et de son mode de transport.

Si une pierre doit parcourir 600 ou 700 kilomètres pour rejoindre un chantier, le fait qu’elle reste à l’intérieur des frontières françaises ne supprime évidemment pas ces kilomètres.

Pierre de Bourgogne, pierre des Charentes ou pierre d’Espagne : regardons le parcours réel

Pour parler sérieusement de l’impact environnemental d’une pierre naturelle, il faudrait donc regarder l’ensemble de son parcours :

  • la distance entre la carrière et le chantier ;
  • le mode de transport ;
  • les éventuels transports intermédiaires ;
  • la transformation de la pierre ;
  • le conditionnement ;
  • et la durée de vie du matériau.

Prenons donc notre exemple.

Un chantier se trouve à Perpignan.

On peut lui proposer une pierre de Bourgogne, une pierre des Charentes ou une pierre naturelle provenant d’Espagne.

La première question ne devrait pas être :

« Dans quel pays cette pierre a-t-elle été extraite ? »

Mais plutôt :

« D’où vient-elle exactement et combien de kilomètres va-t-elle parcourir pour arriver jusqu’au chantier ? »

C’est une différence essentielle.

« Acheter français » : un choix parfaitement légitime

Il ne s’agit évidemment pas de remettre en cause l’intérêt de la pierre française.

Acheter une pierre de Bourgogne ou une pierre des Charentes peut être un excellent choix.

Cela permet de soutenir les carrières françaises, les entreprises françaises, les emplois et les savoir-faire.

La France possède un patrimoine exceptionnel de pierres naturelles et il est important de préserver cette filière.

Mais il faut distinguer les arguments.

Acheter français peut être un choix économique, industriel, social ou patrimonial.

Cela ne signifie pas automatiquement que la pierre sera plus écologique dans tous les cas.

Pour pouvoir l’affirmer, il faudrait comparer les parcours réels des matériaux.

Et c’est là que le discours sur la pierre locale devient intéressant

On entend parfois qu’il faudrait privilégier la pierre « locale » pour éviter les transports inutiles.

L’idée est évidemment pertinente.

Mais encore faut-il définir ce que l’on entend par « local ».

Est-ce une pierre extraite dans le même département ?

Dans la même région ?

En France ?

Ou simplement une pierre provenant d’une carrière située à proximité du chantier ?

Car selon la définition retenue, le résultat peut être très différent.

Une pierre française située à plusieurs centaines de kilomètres peut difficilement être qualifiée de plus locale qu’une pierre étrangère située beaucoup plus près.

La proximité géographique ne s’arrête pas à la frontière.

Et le paradoxe de l’exportation ?

Il existe également une autre question que l’on peut légitimement poser.

Certains professionnels défendent la pierre locale et expliquent que les longues distances sont mauvaises pour l’environnement.

Mais ces mêmes professionnels peuvent également exporter leur pierre française vers d’autres pays.

Et encore une fois, cela n’a rien de choquant.

Exporter une belle pierre française et faire connaître nos savoir-faire à l’étranger est parfaitement légitime.

Mais il faut alors appliquer la même logique dans les deux sens.

Si une pierre de Bourgogne ou une pierre des Charentes peut parcourir plusieurs centaines de kilomètres pour être exportée, pourquoi une pierre espagnole parcourant une distance comparable ou inférieure serait-elle automatiquement considérée comme moins écologique simplement parce qu’elle franchit une frontière ?

Le problème n’est pas l’importation ou l’exportation. Le problème est de confondre frontière nationale et proximité géographique.

Les kilomètres, eux, ne connaissent pas les frontières

C’est probablement le point essentiel.

Une pierre n’est pas écologique parce qu’elle porte une origine française.

Elle n’est pas non plus anti-écologique parce qu’elle vient d’Espagne.

Son impact dépend de nombreux paramètres, dont son extraction, sa transformation, son transport, son utilisation et surtout sa durée de vie.

Pour un chantier à Perpignan, comparer une pierre de Bourgogne, une pierre des Charentes et une pierre espagnole uniquement à partir de leur nationalité n’a donc pas beaucoup de sens.

Il faut regarder leur distance réelle jusqu’au chantier et l’ensemble de leur parcours.

Choisir la pierre la plus pertinente

Le choix d’une pierre naturelle ne devrait donc pas se résumer à :

France = écologique

Étranger = polluant

La réalité est beaucoup plus complexe.

Une pierre française peut être le meilleur choix pour un projet.

Une pierre espagnole peut également l’être.

Tout dépend de la pierre elle-même, de ses caractéristiques, de son usage, de sa disponibilité, de son transport et de sa durée de vie.

L’objectif devrait être de choisir la pierre la plus pertinente pour le projet, en tenant compte de l’ensemble de ces critères.

Et si l’on souhaite réellement défendre la pierre locale pour des raisons environnementales, alors soyons précis :

parlons de kilomètres, de transport et de bilan réel, plutôt que de frontières.

Car une frontière est une construction administrative.

Les kilomètres, eux, sont bien réels.

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